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Microsoft perd 400 milliards de dollars de capitalisation en quelques heures malgré de bons résultats : quand la promesse de l'IA ne suffit plus à rassurer les marchés
Le , par Stéphane le calme
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En l’espace de quelques heures, Microsoft a vu s’évaporer près de 400 milliards de dollars de capitalisation boursière, ce qui serait sa pire journée depuis mars 2020. Un décrochage spectaculaire pour l’une des entreprises les plus valorisées au monde, intervenu paradoxalement à la suite de résultats financiers solides. Derrière ce choc, ce ne sont pas tant les chiffres bruts qui inquiètent les marchés que la lecture stratégique qu’ils imposent : croissance plus coûteuse, attentes démesurées autour de l’IA et changement de régime pour les géants technologiques.

Il s'agit par ailleurs de la deuxième plus forte baisse de capitalisation boursière (en valeur absolue, pas en pourcentage) en une journée de l'histoire. La seule baisse la plus importante en une seule journée dans l'histoire du marché boursier a été celle de Nvidia, qui a perdu 593 milliards de dollars en janvier dernier après le lancement du modèle d'IA à faible coût de DeepSeek.


Dans son communiqué de résultats pour le deuxième trimestre de l’exercice fiscal 2026, Microsoft met en avant une performance financière globalement solide, marquée par une croissance continue de son chiffre d’affaires et de son résultat opérationnel. Le groupe confirme la robustesse de ses activités historiques, tout en soulignant le rôle central joué par le cloud et l’intelligence artificielle dans sa trajectoire de long terme. À première lecture, le document s’inscrit dans une continuité rassurante : Microsoft continue de croître, d’investir et de générer du cash dans des proportions que peu d’acteurs mondiaux peuvent revendiquer.

Le communiqué insiste particulièrement sur la dynamique de ses offres cloud, avec une progression soutenue des revenus liés aux services d’infrastructure et aux solutions destinées aux entreprises. Cette croissance s’appuie sur une demande toujours forte pour les environnements hybrides, la modernisation des systèmes d’information et l’intégration progressive de briques d’intelligence artificielle dans les usages professionnels. Microsoft présente ainsi Azure et l’ensemble de son écosystème cloud comme des piliers structurels, capables d’absorber l’augmentation des besoins en calcul et en stockage induits par l’IA générative.

Cependant, derrière ce discours maîtrisé, le texte laisse aussi entrevoir l’ampleur des investissements consentis. Microsoft assume explicitement une hausse significative de ses dépenses, en particulier dans les infrastructures techniques nécessaires au déploiement de l’IA à grande échelle. Data centers, capacités de calcul avancées et équipements spécialisés constituent désormais un poste stratégique, mais lourd, qui pèse mécaniquement sur les marges à court terme. Le communiqué ne cherche pas à masquer cette réalité, préférant l’inscrire dans une logique de construction sur le long terme plutôt que de rentabilité immédiate.

La direction met également l’accent sur l’adoption croissante des fonctionnalités d’intelligence artificielle dans ses produits phares, qu’il s’agisse des outils de productivité, des services cloud ou des solutions destinées aux développeurs. Microsoft présente l’IA comme un facteur de différenciation durable, destiné à renforcer la valeur ajoutée de ses offres et à consolider la fidélité de ses clients. Néanmoins, le communiqué reste volontairement prudent sur le calendrier précis de monétisation, laissant entendre que les bénéfices financiers les plus significatifs se matérialiseront progressivement.

En filigrane, ce communiqué illustre le changement de posture de Microsoft face aux marchés. Il ne s’agit plus seulement de démontrer une croissance immédiate, mais de justifier une stratégie d’investissement massive dans un contexte où les attentes des investisseurs deviennent plus exigeantes. Le document trace ainsi une ligne claire : Microsoft accepte une phase de tension sur les marges pour sécuriser sa position dominante dans l’économie numérique de demain, au prix d’une communication qui demande désormais aux marchés un effort de projection et de patience.


Une chute historique malgré des résultats robustes

La séance boursière qui a suivi la publication des résultats trimestriels restera comme l’une des plus violentes de l’histoire récente du groupe. La valeur a perdu plusieurs centaines de milliards de dollars en capitalisation, un niveau rarement observé pour une entreprise de cette taille. Pourtant, sur le papier, Microsoft affiche une croissance toujours soutenue de son chiffre d’affaires, tirée par le cloud et les services aux entreprises.

Le paradoxe est là : les marchés n’ont pas sanctionné une contre-performance, mais une lecture jugée moins enthousiasmante que prévu. Les investisseurs avaient intégré dans les cours une trajectoire quasi parfaite, où chaque trimestre devait confirmer une accélération continue, notamment grâce à l’intelligence artificielle. Le moindre signal de normalisation devient alors un déclencheur de correction massive.

Selon Bloomberg, la chute d'environ 12 % du cours de l'action Microsoft est l'une des plus importantes de son histoire. Depuis son introduction en bourse en 1986, l'action n'a connu que quelques jours de baisse plus importante, notamment lors du lundi noir de 1987, pendant la bulle Internet et au plus fort de la vente massive provoquée par la Covid-19 en 2020. Le géant du logiciel a également publié des prévisions modérées concernant sa marge d'exploitation pour le troisième trimestre fiscal.


L’ombre portée des investissements dans l’IA

Au cœur des interrogations figure le coût réel de la stratégie IA. Microsoft injecte des dizaines de milliards de dollars dans les infrastructures nécessaires à l’entraînement et au déploiement de modèles de grande ampleur : data centers, puces spécialisées, partenariats technologiques. Ces dépenses pèsent mécaniquement sur les marges à court terme.

Les marchés, eux, veulent désormais voir plus clairement le retour sur investissement. Les usages de l’IA progressent, mais leur monétisation reste encore en phase de structuration. Cette tension entre dépenses immédiates et promesses futures nourrit un doute latent : Microsoft est-il en train de transformer son avance technologique en rentabilité durable, ou simplement de courir en tête d’une course extrêmement coûteuse ?

Azure, pilier stratégique scruté de près

Le cloud demeure l’épine dorsale du modèle économique de Microsoft. Azure continue d’afficher une croissance solide, mais là encore, le rythme est observé à la loupe. Toute décélération, même relative, est interprétée comme un signal d’alerte dans un marché devenu hypersensible.

La pression est d’autant plus forte que les concurrents directs investissent eux aussi massivement. Le cloud n’est plus seulement une question de parts de marché, mais de capacité à absorber des charges de calcul toujours plus lourdes liées à l’IA, tout en maintenant des marges acceptables. C’est cet équilibre délicat que les investisseurs cherchent à évaluer trimestre après trimestre.

En clair, les actions Microsoft ont chuté car la société semble avoir du mal à justifier ses récents plans de dépenses auprès des investisseurs et a affiché un ralentissement dans son segment cloud.


Le facteur psychologique des marchés technologiques

Cette chute brutale met en lumière un phénomène plus large : la nervosité extrême des marchés face aux valeurs technologiques à très forte capitalisation. Lorsque les attentes sont élevées, la moindre nuance dans un discours de résultats peut provoquer des réactions disproportionnées.

Microsoft paie ici son statut de valeur quasi « systémique ». À ces niveaux de valorisation, l’entreprise n’est plus seulement jugée sur sa performance actuelle, mais sur sa capacité à redéfinir l’avenir du numérique. Une promesse qui, lorsqu’elle semble légèrement s’éroder, déclenche des ajustements violents.

En fait, les investissements dans l'IA et les nouvelles technologies ont fait l'objet de nombreux débats à Wall Street. Les investisseurs souhaitent de plus en plus voir les entreprises montrer qu'elles tirent profit des dépenses massives engagées au cours de l'année dernière. Les résultats de Microsoft ont montré une augmentation de 66 % des dépenses d'investissement au cours du dernier trimestre, pour atteindre un niveau record de 37,5 milliards de dollars, Microsoft soutenant la demande pour ses segments cloud et IA.

Cette augmentation des dépenses d'investissement intervient à un moment où la croissance de son unité de cloud computing Azure, suivie de près, a ralenti par rapport au trimestre précédent. Les investisseurs surveilleraient de près ce segment, qui leur sert d'indicateur pour mesurer la demande des entreprises en matière d'IA. « Étant donné qu'il devient de plus en plus évident que Microsoft ne va pas obtenir un retour sur investissement important grâce à ses investissements massifs dans l'IA, ses actions doivent être réévaluées à la baisse pour atteindre un niveau plus conforme à leur juste valeur historique », a déclaré Matthew Maley, stratège en chef des marchés chez Miller Tabak + Co, à Bloomberg.

La société a également reconnu qu'elle était confrontée à des contraintes de capacité de calcul, la demande continuant à dépasser l'offre. Dans une lettre adressée aux employés, Amy Hood, directrice financière de Microsoft, a déclaré qu'Azure aurait connu une croissance de 40 % si la société avait consacré l'intégralité de ses nouvelles puces graphiques au cours des premier et deuxième trimestres à son activité Azure. Elle a également indiqué que la société s'efforçait de trouver un équilibre entre « une offre mieux adaptée à la demande croissante d'Azure » et l'innovation produit et l'utilisation croissante de l'IA en interne dans des services tels que GitHub Copilot et M365 Copilot.

Les inquiétudes concernant la capacité d'OpenAI à respecter ses engagements financiers se répercutent sur Microsoft

Les craintes croissantes concernant OpenAI, dirigée par Sam Altman, semblent également inquiéter les investisseurs de Microsoft. Selon CNBC, le carnet de commandes de Microsoft a atteint 625 milliards de dollars, soit une hausse de 110 %, dont 250 milliards de dollars provenant d'un accord avec OpenAI dans le domaine du cloud computing. Le fabricant de ChatGPT représentait 45 % de ses obligations de performance commerciales restantes. Les analystes d'Evercore ISI ont déclaré que « les inquiétudes concernant la capacité d'OpenAI à respecter ses engagements financiers » avaient probablement contribué à la chute du cours de l'action après la publication des résultats, mais ont qualifié ce sentiment « d'exagéré ».

Pour mémoire, même si elle engrange des milliards, OpenAI s'est également engagée à dépenser plus de 1 000 milliards de dollars au cours de la prochaine décennie pour créer une intelligence artificielle de pointe. Pour l'heure, le groupe a pris des engagements financiers qui dépassent largement ses revenus (par exemple, OpenAI s'est engagée à verser 30 milliards de dollars par an à Oracle, a signé un accord de plusieurs dizaines de milliards de dollars avec AMD pour l'achat de puces après avoir signé un accord de 100 milliards de dollars avec NVIDIA).

Aussi, elle réfléchit à des moyens de monétiser sa propriété intellectuelle en développant une nouvelle infrastructure d'IA, en se lançant dans la publicité en ligne et en prévoyant de lancer des produits matériels grand public, notamment un nouvel assistant personnel alimenté par l'IA, en collaboration avec l'ancien designer vedette d'Apple, Jony Ive.

Pourtant, un expert financier affirme qu'OpenAI est sur le point d'être à court d'argent. Il rappelle que les concurrents d'OpenAI, des géants du secteur tels que Google, Microsoft et Meta, pourraient utiliser les fonds générés par leurs activités traditionnelles pour investir des centaines de milliards dans le développement et la mise à l'échelle de leurs modèles d'IA, alors qu'OpenAI n'a pas ce luxe.

Un avertissement pour tout le secteur

Au-delà du cas Microsoft, cet épisode agit comme un signal d’alarme pour l’ensemble du secteur technologique. L’ère où la simple promesse de l’IA suffisait à justifier des valorisations toujours plus élevées semble toucher à ses limites. Les marchés réclament désormais des preuves tangibles de rentabilité, pas seulement des récits visionnaires.

Microsoft reste un colosse, solidement installé au cœur des infrastructures numériques mondiales. Mais cette chute rappelle une vérité brutale : même les géants ne sont pas à l’abri d’un rappel à l’ordre boursier lorsque les attentes deviennent trop lourdes à porter.

Sources : Microsoft, capitalisation boursière de Microsoft

Et vous ?

La chute brutale de la capitalisation de Microsoft doit-elle être interprétée comme une simple correction technique ou comme le signal d’un changement plus profond dans la manière dont les marchés évaluent les géants de la tech ?

Les investisseurs commencent-ils à douter de la capacité de l’IA à générer des revenus proportionnels aux montants colossaux investis par Microsoft ?

La stratégie d’investissement massif dans les data centers et les infrastructures IA est-elle soutenable à moyen terme sans dégrader durablement les marges du groupe ?

Le cloud, et en particulier Azure, peut-il encore jouer le rôle de moteur de croissance infini ou entre-t-il dans une phase de maturité plus classique ?

Les marchés financiers exigent-ils désormais des résultats concrets immédiats là où ils acceptaient auparavant des promesses à long terme ?

Voir aussi :

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