La décision de Microsoft de rebaptiser Microsoft Office en « Microsoft 365 Copilot app » ne relève pas d’un simple ajustement cosmétique. Elle s’inscrit dans une stratégie beaucoup plus profonde, où l’éditeur cherche à redéfinir la place de ses logiciels historiques à l’ère de l’intelligence artificielle générative. Pour les professionnels de l’informatique, ce changement de nom agit comme un signal fort, mais aussi comme une source de confusion et de scepticisme.Pendant plus de trois décennies, Office a incarné un standard industriel. Word, Excel, PowerPoint ou Outlook n’étaient pas seulement des outils : ils formaient un langage commun du travail de bureau. En effaçant progressivement cette marque au profit d’une application baptisée « Microsoft 365 Copilot », l’éditeur semble vouloir tourner la page d’un héritage devenu encombrant face à sa nouvelle obsession stratégique : l’IA intégrée partout, tout le temps.
Officiellement, Microsoft parle d’une « transition d’application ». L’ancienne application Microsoft 365 devient la « Microsoft 365 Copilot app », avec un positionnement recentré sur l’assistance intelligente. Dans les faits, Office n’est plus présenté comme une suite logicielle, mais comme une collection de fonctionnalités orchestrées par Copilot.
Ce glissement sémantique n’est pas anodin. Il traduit une inversion de la hiérarchie : les applications traditionnelles deviennent secondaires, presque accessoires, tandis que l’IA est promue au rang de point d’entrée principal. Pour Microsoft, l’avenir du travail numérique n’est plus Word ou Excel, mais l’interface conversationnelle capable de générer, résumer, reformuler et analyser à la volée.
Pour les équipes IT, cette approche pose une question centrale : assiste-t-on encore à une suite bureautique enrichie par l’IA, ou à une plateforme d’IA qui tolère encore quelques outils bureautiques historiques ?
La disparition progressive du nom « Office » constitue un pari risqué. Peu de marques logicielles peuvent se vanter d’un tel niveau de reconnaissance, y compris hors du monde informatique. Office était compris par les directions générales, les services RH, les utilisateurs finaux et les décideurs publics. Copilot, en revanche, reste un concept flou pour une large partie du marché.
Cette dilution crée une rupture cognitive. Là où Office évoquait immédiatement des usages concrets, Copilot renvoie à une promesse technologique abstraite. Pour un DSI, expliquer un renouvellement de licences Office était trivial. Justifier un investissement accru dans « Microsoft 365 Copilot » suppose désormais de détailler des scénarios d’usage IA, des contraintes de sécurité, des questions de conformité et des impacts sur les processus métiers.
Autrement dit, Microsoft remplace une évidence par un discours, et ce discours demande un effort pédagogique considérable.
Copilot partout, valeur nulle part ?
Le renommage s’inscrit aussi dans une inflation du mot « Copilot » à travers tout l’écosystème Microsoft. Copilot pour Windows, Copilot pour GitHub, Copilot pour Office, Copilot pour Dynamics : à force de tout baptiser Copilot, la notion perd en précision ce qu’elle gagne en visibilité.
Pour les professionnels de l’informatique, cette généralisation pose un problème opérationnel. Toutes les implémentations Copilot ne se valent pas, ni en termes de fonctionnalités, ni en termes de coûts, ni en termes de maturité technologique. Pourtant, le branding unifié laisse entendre une cohérence qui n’existe pas toujours sur le terrain.
Le risque est clair : créer une attente démesurée chez les utilisateurs, puis générer de la déception lorsque l’outil se révèle plus gadget qu’assistant réellement transformant.
Une stratégie orientée revenus plus que usages
Derrière le changement de nom, il y a aussi une logique commerciale assumée. En plaçant Copilot au centre de l’expérience, Microsoft prépare le terrain pour une montée en gamme tarifaire progressive. L’IA devient un argument de valeur ajoutée, justifiant des surcoûts par utilisateur, par mois.
Pour les directions IT, cela complique la gestion budgétaire. Là où Office représentait un coût relativement prévisible, l’écosystème Copilot introduit des variables nouvelles : licences additionnelles, limitations fonctionnelles selon les plans, dépendance accrue au cloud et aux modèles propriétaires.
Le renommage agit donc comme un levier psychologique. On ne paie plus pour une suite bureautique, mais pour une capacité « augmentée ». La question reste de savoir si cette augmentation se traduit réellement par des gains de productivité mesurables.
Un message ambigu envoyé aux professionnels de l’IT
Le choix de faire disparaître Office au profit de la « Microsoft 365 Copilot app » envoie un message paradoxal. D’un côté, Microsoft affirme que les applications classiques restent au cœur du quotidien professionnel. De l’autre, il les relègue symboliquement au second plan derrière une couche d’IA encore perfectible.
Pour les architectes systèmes, les responsables sécurité et les administrateurs, cette ambiguïté est problématique. Copilot repose sur des traitements de données sensibles, des modèles opaques et des flux cloud complexes. Le rebranding donne l’impression que ces enjeux sont secondaires face à la promesse d’automatisation, alors qu’ils devraient être centraux dans toute décision d’adoption.
Une situation qui intervient après l'échec commercial de Copilot 365 : faible taux d'adoption, prix élevé
En octobre, Microsoft a franchi une étape décisive dans sa stratégie d’intégration de l’intelligence artificielle au cœur de la suite Microsoft 365. L’entreprise a annoncé que l’application Copilot serait installée automatiquement sur les ordinateurs des utilisateurs situés en dehors de l'Espace économique européen (EEE), qu’ils l’aient demandée ou non. Cette initiative, qui a affecté des millions de postes de travail à travers le monde, avait déjà cristallisé les inquiétudes des administrateurs systèmes et des responsables de la gouvernance numérique.
Microsoft a justifié ce déploiement automatique par une volonté de standardiser l’expérience utilisateur autour de Copilot. L’application serait ajoutée par défaut aux postes des utilisateurs de Microsoft 365, venant compléter Word, Excel, Outlook et Teams. L’objectif affiché est de permettre à chacun de bénéficier immédiatement des fonctionnalités d’assistance basées sur l’IA, sans nécessiter une configuration complexe.
En arrière-plan, les chiffres ont montré que Microsoft peine à vendre Copilot. Microsoft, pourtant co-investisseur stratégique d’OpenAI, fait face à une situation paradoxale : les entreprises rechignent à adopter sa solution Copilot, tandis que les salariés eux-mêmes se tournent spontanément vers ChatGPT, perçu comme plus simple, plus accessible, voire plus puissant. De nombreuses entreprises hésitent à adopter Copilot, principalement pour des raisons de coût, de complexité d’implémentation, et de retour sur investissement encore incertain. Certaines entreprises ont même activé Copilot, mais ont dû le désactiver en partie, faute d'usage réel par les employés.
Récemment, un rapport a révélé que le logiciel 365 Copilot de Microsoft, destiné à améliorer la productivité au bureau grâce à l'IA, connaît un grave échec commercial en raison de son faible taux d'adoption, de son prix élevé, de la frustration des utilisateurs et de ses performances inférieures à celles de ses concurrents tels que ChatGPT. Malgré les mises à jour, il souffre de bugs et de problèmes d'intégration. Cela soulève des questions sur la stratégie de Microsoft en matière d'IA et sur le retour sur investissement.
L'ambitieuse offensive de Microsoft dans le domaine de l'IA avec son Microsoft 365 Copilot s'est heurtée à des obstacles importants, comme le révèlent de récentes fuites et des analyses du secteur qui font état d'une sous-performance flagrante en termes d'adoption commerciale. Cet outil, conçu pour intégrer l'assistance IA dans les tâches quotidiennes au bureau, telles que la rédaction d'e-mails et la synthèse de réunions, a été présenté comme une véritable révolution en matière de productivité lors de son lancement. Cependant, les données internes suggèrent que le nombre d'abonnés payants est bien inférieur aux attentes, ce qui donne l'image d'un produit qui peine à justifier son prix élevé sur un marché concurrentiel.
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