Microsoft enregistre son pire trimestre à Wall Street depuis 2008 en raison des inquiétudes liées à l'IA : l'action chute de 23 % au premier trimestre, effaçant près d'un quart de sa valeurMicrosoft a enregistré sa pire performance boursière depuis la crise financière de 2008, marquée par une chute de 23 % du cours de l'action au premier trimestre 2026. Ce déclin s'explique par des doutes croissants concernant la rentabilité de l'IA et l'adoption limitée de son assistant Copilot. Bien que les revenus de l'infrastructure cloud Azure progressent, les investisseurs s'inquiètent des coûts énergétiques élevés et d'une restructuration interne de l'équipe de direction. Le virage stratégique de Microsoft vers l'IA révèle ses premières failles, Copilot est à la traîne par rapport à la concurrence, tandis que Windows 11 accumule les lacunes et peine à convaincre.
Microsoft est l'un des principaux acteurs de la course à l'IA. L'entreprise développe le chatbot Copilot et investit massivement dans l'extension de son infrastructure cloud Azure pour les charges de travail liées à l'IA. Cependant, malgré un chiffre d'affaires massif porté par la division Azure, Microsoft subit une chute historique de sa capitalisation en raison des coûts colossaux liés à l'IA. Et les investisseurs commencent à douter de l’orientation vers l’IA.
Au cours du premier trimestre 2026, Microsoft a connu sa pire performance boursière depuis la crise financière de 2008. La firme de Redmond a enregistré une chute de la valeur de ses actions de 23 %. Ce déclin est nettement plus marqué que celui de l'indice Nasdaq, qui n'a baissé que de 7 % sur la même période. Cette baisse reflète une inquiétude croissant des investisseurs quant à la rentabilité des investissements massifs de l'entreprise dans l'IA.
Le multiple de valorisation de la société a atteint son niveau le plus bas depuis fin 2022, période marquant l'émergence de ChatGPT. Certains analystes de Wall Street considèrent toutefois cette baisse brutale comme une opportunité d'achat, soulignant la solidité historique des produits phares de l'entreprise.
Microsoft Copilot : l'illusion qui se fracasse sur la réalité du marché
Le PDG Satya Nadella présente cette période comme une transition nécessaire de la simple démonstration technique vers des applications concrètes et productives. Mais l'ampleur des dépenses en infrastructures et la dépendance envers des partenaires suscitent l'inquiétude des investisseurs. Parallèlement, l'entreprise mène des restructurations discrètes et des suppressions de postes pour préserver ses marges face aux pressions macroéconomiques.
Au cœur des préoccupations se trouve Copilot, l'assistant d'IA censé transformer la productivité des entreprises. Malgré les efforts de Microsoft, l'adoption reste marginale : seulement 3 % des clients commerciaux d'Office ont souscrit à la licence payante, et certains analystes pointent un manque d'attrait du produit par rapport à ses concurrents. Des acteurs tels qu'OpenAI, Anthropic et Google proposent des assistants d'IA de plus en plus meilleurs.
Cette situation place le géant de Redmond dans une position délicate, l'obligeant à mobiliser les capacités de son cloud Azure pour tenter d'améliorer Copilot, au risque de ralentir la croissance d'autres secteurs rentables. Dans le même temps, c'est toute la filière SaaS qui est menacée par l'IA, ce que les analystes appellent « SaaSpocalypse ». Les actions des sociétés telles qu'Adobe, Atlassian et ServiceNow ont reculé de plus de 30 % cette année.
« Une grande partie du SaaS traditionnel est en train de mourir ou se trouve probablement en phase de déclin terminal », a écrit Jason Lemkin, fondateur de SaaStr, dans un billet publié sur X (ex-Twitter). Il a noté que les multiples de bénéfices des éditeurs de logiciels sont à la traîne par rapport à l'indice S&P 500.
Infrastructures sous tension : pénurie de puces et chaos mondial
Le déploiement de l'IA se heurte également à des contraintes physiques et économiques majeures. La flambée des prix du pétrole, exacerbée par les tensions géopolitiques en Iran, alourdit les coûts de fonctionnement des centres de données. Du côté des produits, Copilot n'a pas encore rencontré un grand succès, les utilisateurs se tournant massivement vers les services concurrents proposés par Google, OpenAI et Anthropic. Copilot peine à séduire.
« On craint que l’activité Microsoft 365 Copilot n’ait pas tout à fait répondu aux attentes et c’est un domaine qui pourrait voir l’arrivée de nouveaux concurrents », a déclaré Kyle Levins, analyste chez Harding Loevner, qui détenait environ 219 millions de dollars d’actions Microsoft à la fin du mois de décembre.
L'intégration de Copilot dans Windows 11 est souvent activée par défaut, sans consentement explicite de l'utilisateur, et il est parfois difficile de la désactiver complètement. La fonction Recall a soulevé des craintes majeures en matière de sécurité. Une faille critique dans Microsoft Copilot, découverte en 2025 et baptisée "EchoLeak", aurait pu permettre une attaque zéro clic donnant à un pirate l'accès à des des données sans interaction de l'utilisateur.
En interne, Microsoft doit arbitrer la répartition de ses précieuses puces d'IA : la direction financière a admis que la croissance d'Azure aurait pu dépasser les 40 % si une partie des puces n'avait pas été détournée pour soutenir les services internes de l'assistant Copilot. Cette gestion des ressources souligne les difficultés de l'entreprise à bâtir une infrastructure capable de supporter une demande exponentielle tout en maintenant une croissance efficace.
Microsoft est devenue une entreprise gourmande en capitaux
Le rythme des dépenses de Microsoft inquiète Wall Street. Ses dépenses d’investissement, y compris les contrats de location, devraient atteindre 146 milliards de dollars au cours de l’exercice 2026, qui se termine fin juin. Cela représente une hausse d'environ 66 % par rapport aux 88 milliards de dollars de l'exercice 2025, et ce chiffre devrait grimper à 170 milliards de dollars pour l'exercice 2027 et à 191 milliards de dollars pour l'exercice 2028.
Les investisseurs voient de plus en plus d'un mauvais œil ce type de dépenses, surtout en l'absence d'une accélération plus marquée de la croissance. Dans ses derniers résultats trimestriels, la division Azure a affiché un léger ralentissement de sa croissance par rapport au trimestre précédent. Copilot n'a rencontré qu'un succès limité auprès des clients, poussant Microsoft à remanier ses activités dans le domaine de l'IA pour améliorer la plateforme.
Jonathan Cofsky a lancé un avertissement : « Microsoft est devenue une entreprise beaucoup plus gourmande en capitaux. Pour que l'action affiche de meilleures performances à l'avenir, nous devons être davantage convaincus que la croissance du secteur des logiciels ne ralentira pas de manière significative ».
Sur les 67 analystes suivis par Bloomberg qui couvrent Microsoft, 63 ont une recommandation « acheter », tandis que trois ont une recommandation « conserver » et un seul recommande de « vendre ». L'objectif de cours moyen à 12 mois de l'action, fixé à 592 dollars, laisse entrevoir un potentiel de hausse de plus de 64 % en 2027. C'est le rendement implicite le plus élevé jamais enregistré, selon les données compilées par Bloomberg depuis 2009.
Windows 11 : un chantier sans fin qui exaspère les utilisateurs
Apple sort d'une saison des fêtes décevante pour le Mac, avec des ventes en baisse de 6,7 % à 8,39 milliards de dollars. Apple s'attend à un afflux de nouveaux clients dans ses magasins pour essayer le Macbook Neo. Ce lancement vient couronner une semaine riche en nouveautés pour Apple, qui a lancé le 2 mars l'iPhone 17e et l'iPad Air M4, puis les nouvelles versions du MacBook Pro, du MacBook Air et de ses écrans externes Studio Display.
Apple voit dans son Macbook Neo une opportunité d'attirer de nouveaux clients dans son écosystème de produits. Cela pourrait ouvrir de nouvelles perspectives pour vendre d'autres appareils, tels que des iPhone, des iPads et des Apple Watch. Pendant ce temps, Microsoft continue de s'enliser avec Windows et Copilot.
Les ennuis sont bien documentés et concrets. Depuis juillet 2025, la mise à jour 24H2 (KB5062553) a introduit des bogues majeurs liés aux composants XAML : menu Démarrer qui refuse de s'ouvrir, barre des tâches qui disparaît, explorateur de fichiers instable, écran noir à la connexion, etc. Microsoft a mis quatre mois à reconnaître publiquement le problème. Plus de 4 ans après son lancement, Windows 11 est loin d'être un système stable.
Et ce n'était pas fini : après le Patch Tuesday de janvier 2026, de nombreux utilisateurs ont signalé que leurs PC se retrouvaient incapables de s'éteindre, coincés dans des cycles de redémarrage infinis. Microsoft a dû publier six mises à jour d'urgence hors de son calendrier habituel pour colmater les brèches.
Copilot en crise : la division se réorganise et des talents s'en vont
L'essoufflement de la stratégie IA a provoqué d'importants changements au sommet de l'entreprise. Mustafa Suleyman, cofondateur de DeepMind recruté en grande pompe pour diriger Copilot, a été réaffecté à la conception de modèles, un mouvement perçu par certains observateurs comme une rétrogradation déguisée. D'autres ne l'ont pas vu de cet œil. L'analyste Kyle Levins pense que l'affectation de Mustafa Suleyman est « une bonne nouvelle ».
Azure bénéficie d'un important carnet de commandes provenant d'OpenAI et d'Anthropic. Les obligations de performance commerciales restantes de Microsoft pour Azure ont plus que doublé au cours du trimestre de décembre par rapport à 2024, pour atteindre 625 milliards de dollars. Microsoft doit composer avec le départ de figures historiques, dont Phil Spencer, pilier de la branche gaming, et Rajesh Jha, responsable de la division productivité.
La console Xbox est en pleine crise d'identité technologique, la prochaine génération suscitant très peu d'enthousiasme. Bien que ces changements puissent être vus comme une volonté de redynamiser l'expérience utilisateur de Copilot, ils alimentent les doutes sur la stabilité de la vision stratégique à long terme.
La forteresse Microsoft : des fondations qui restent encore solides
Malgré la tempête boursière, les indicateurs opérationnels de Microsoft témoignent d'une résilience notable. Le chiffre d'affaires global a progressé de 17 %, et l'infrastructure Azure affiche une croissance de 39 %, soutenue par un énorme carnet de commandes. Pour certains analystes, la dévaluation actuelle est injustifiée, car les produits phares comme Windows et Office bénéficient d'une fidélité client inégalée et d'un fort pouvoir de fixation des prix.
La confiance envers le PDG Satya Nadella reste un pilier central pour les actionnaires, qui voient dans ces actifs historiques un rempart solide permettant à l'entreprise de traverser cette phase de transition technologique intense. « La concurrence est très intense, mais ce n’est pas un jeu à somme nulle, contrairement à ce que certains laissent entendre », a déclaré Satya Nadella en janvier. Certains experts encouragent l'acquisition d'actions Microsoft.
Aaron Foresman, directeur de la recherche d'actions chez Crawford Investment Counsel, un investisseur de Microsoft, a déclaré que le maintien de Satya Nadella à la tête de l'entreprise qu'il dirige depuis qu'il a succédé à Steve Ballmer en 2014 était essentiel. « Nous avons une grande confiance en Satya », a-t-il déclaré.
Conclusion
Microsoft traverse une phase paradoxale où des résultats financiers records, marqués par un chiffre d'affaires de 81,3 milliards de dollars, se heurtent à une sanction boursière historique. Cette situation s'explique par le scepticisme croissant des investisseurs face aux dépenses colossales pour financer les infrastructures d'IA dont le retour sur investissement reste incertain. Le cœur de métier de Microsoft est également menacé par les agents IA.
Si Microsoft reste dominant dans le domaine des logiciels de productivité au travail et grâce à Windows, l'entreprise est confrontée à une double pression : se développer efficacement dans le domaine de l'IA tout en renforçant son infrastructure cloud dédiée à l'IA pour répondre à une demande en forte hausse.
Le passage d'un modèle axé sur les logiciels à forte marge vers une phase industrielle lourde, exigeant des investissements massifs en centres de données et en processeurs, pèse lourdement sur la perception du groupe. Par ailleurs, sur le marché des outils d'IA de codage, les développeurs lui préfèrent massivement la concurrence. Et au sein même de Microsoft même, les ingénieurs sont encouragés à utiliser Claude Code de son rival Anthropic.
Pendant que Redmond engloutit des milliards dans une IA rejetée par ses propres utilisateurs, ainsi que par ses employés, et publie des correctifs d'urgence pour des pannes élémentaires, Apple ouvre un nouveau marché avec un ordinateur sobre, fiable et abordable. C'est moins une démonstration de force qu'un constat d'échec, celui d'un acteur qui a perdu le fil de ce que les gens attendent vraiment d'un outil de travail : qu'il fonctionne.
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