Lors d'une récente conférence, Rajesh Jha, vice-président exécutif de Microsoft en charge de la division Experiences & Devices, a formulé une proposition qui a immédiatement enflammé les discussions dans la communauté tech : et si les agents d'intelligence artificielle devaient acheter leurs propres licences logicielles, tout comme des employés humains ? Derrière cette idée en apparence anodine se cache un projet de transformation radicale du modèle économique du logiciel d'entreprise, un modèle bâti depuis trente ans sur le principe du « siège », c'est-à-dire une licence par utilisateur humain. Microsoft n'est pas seulement en train de vendre une vision : elle est en train de la mettre en œuvre, avec des produits concrets, des tarifs annoncés, et une feuille de route dont les premiers jalons sont déjà posés.Depuis l'émergence de l'ère SaaS dans les années 2000, l'industrie du logiciel repose sur un principe simple : une personne, un abonnement. Microsoft 365, Salesforce, ServiceNow, Slack, tous facturent à la tête. Ce modèle a généré des revenus prévisibles et des valorisations boursières astronomiques. Mais avec la prolifération des agents d'IA autonomes au sein des entreprises, une question fondamentale refait surface : que se passe-t-il quand les « utilisateurs » ne sont plus des humains ?
Lors de sa prise de parole, Jha a développé un scénario précis : une entreprise qui emploie aujourd'hui 20 personnes achète 20 licences Microsoft 365. Si demain cette même entreprise réduit ses effectifs à 10 employés tout en déployant 5 agents par personne, elle se retrouve avec 50 entités actives dans son environnement logiciel, soit davantage de « sièges » qu'avant la réduction des effectifs. Le message est limpide : l'IA ne détruirait pas les revenus des éditeurs, elle les démultiplierait.
Ce n'est pas la première fois que Jha tient ce type de discours. Lors de la conférence UBS Global Technology en décembre 2025, il avait déjà affirmé que les organisations du futur compteraient davantage d'agents que d'employés humains. Ces agents seraient « incarnés » : ils auraient une identité propre, figureraient dans l'annuaire de l'entreprise, disposeraient d'une boîte mail, et auraient besoin d'un environnement de calcul sécurisé. À ses yeux, chacun de ces agents représente une opportunité de vente de licence supplémentaire.
La réponse produit : Agent 365, Entra Agent ID, Microsoft 365 E7
Microsoft ne se contente pas de théoriser. Le 9 mars 2026, le blog officiel de Microsoft annonçait la disponibilité générale au 1er mai d'Agent 365, présenté comme le « plan de contrôle » des agents IA. Proposé à 15 dollars par utilisateur et par mois, cet outil donne aux équipes informatiques et de sécurité un tableau de bord unifié pour observer, gérer, gouverner et sécuriser tous les agents déployés dans l'organisation, qu'ils aient été développés par Microsoft ou par des tiers.
Concrètement, Agent 365 étend les concepts habituels de gestion des utilisateurs humains aux utilisateurs non humains, ce que Microsoft appelle « non-human users ». L'outil s'appuie sur Microsoft Entra pour attribuer à chaque agent une identité numérique traçable, soumise aux mêmes politiques de sécurité et de conformité que les comptes humains.
Au-dessus de cela se profile Microsoft 365 E7, le nouveau sommet de la gamme entreprise. E7 regroupe dans un seul abonnement à 99 dollars par utilisateur et par mois l'ensemble des fonctionnalités de Microsoft 365 E5, de Microsoft 365 Copilot, et d'Agent 365, en y ajoutant la suite Microsoft Entra ainsi que des capacités avancées de Defender, Intune et Purview. Pour les DSI, le calcul est présenté comme évident : acheter ces briques séparément reviendrait plus cher. Microsoft 365 E5 seul coûte 57 dollars par mois (60 dollars à partir de juillet 2026), et Copilot 30 dollars supplémentaires. E7, à 99 dollars, se présente donc comme une offre groupée avantageuse pour qui veut industrialiser le déploiement d'agents.
Microsoft positionne E7 comme la réponse aux organisations qui souhaitent dépasser le stade des expérimentations pour faire de l'IA une capacité déployée à l'échelle de l'entreprise tout entière. Le terme utilisé dans les communications internes est évocateur : « Frontier Firm », les entreprises de la frontière, celles qui franchissent le seuil entre l'essai et l'adoption profonde.
Une vision qui divise les analystes
Tous ne partagent pas l'optimisme affiché par Jha. Nenad Miličević, associé au cabinet de conseil AlixPartners, défend une thèse inverse : les agents IA vont mécaniquement réduire le nombre d'humains en interaction directe avec les logiciels, ce...
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